Issue #8 : Au royaume des humains le Daikaiju est roi

[Godzilla : The Half Century War 1-5]

Aujourd'hui on fait la course au nucléaire. Et je dirais même plus, au feu nucléaire. Il est grand, énervé, détruit tout sur son passage et possède 36 films à son actif dont le premier date de 1954. Il est également ambassadeur Japonais du Tourisme depuis 2015 (la preuve ici) IDW publishing a décidé de laisser le stylo et le pinceau à James Stokoe qui ne fait pas de film mais nous narre un conflit long de cinquante ans en cinq numéros.

Scénario : James Stokoe Dessin : James Stokoe Couleurs : James Stokoe/Heather Breckel Lettrage : ??? (James Stokoe ? Aucune indication...) Editeur : IDW Publishing

NOTE : Le scénariste s'affranchit de toute continuité, que vous connaissiez ou non, c'est très accessible. Mesdames et messieurs. Approchez de l’action, ne soyez pas nerveux. Mesdames et messieurs. Approchez de l’action et venez écouter le dernier rugissement !

godzilla gueule ouverte et s'apprêtant à cracher son feu radioactif

Plot : Japon, 1954. Ota Murakami, à peine adulte, vingt-trois mois au sein des forces de défense Japonaises. Il étanche sa soif d'aventures au sommet d'un char d'assaut. Son peloton est envoyé à Tokyo suite à ce qui était censé être une catastrophe naturelle. Aucune info, simplement une vague précaution météo.

Mais rapidement, il découvre qu'il y a bien plus que ce qu'on a bien voulu lui dire. Un monstre titanesque ravage la ville, détruisant tout sur son passage à coups de flammes radioactives. L'armée à beau lui envoyer tout ce qu'ils ont, la créature contre-attaque toujours plus violemment et continue son chemin de destruction massive. Murakami croise sa route et tente d'attirer son attention pour sauver des vies, échappant de justesse à ses tirs et aux immeubles qui s'écroulent. Après que le reptile soit reparti, ils sont recrutés par le colonel Schooler. Le monstre a été suivi jusque dans la baie de Tokyo ou une arme expérimentale l'aurait supposément tué. Il fut nommé Godzilla. Cependant, une créature identique a refait surface peu après et l'arme secrète ne peut pas être refaite, ils feront donc partie d'un groupe spécial dédié à la traque de monstres geants : l'Anti Megalosaurus Force.

Godzilla progressant à travers une jungle vietnamienne des explosions derrière lui

Mon avis : Comme vous vous en doutez, ça continue. Le récit suit Ota Murakami et son ami Kentaro à travers cinquantes longues années. Le second numéro se déroule au Vietnam en 1967. Le troisième se passe au Ghana en 1975, puis Bombay en 1987 suivi d'un dernier numéro se situant en 2002.

D'autres monstres de type daikaiju se joignent à l'apocalypse, Godzilla affrontant ainsi Anguirus, Rodan, King Gidorah, Space Godzilla et bien d'autres. Les connaisseurs (ou les petits malins) auront saisi la référence de la première année d'apparition du monstre dans la BD étant la même que celle de la sortie du tout premier film éponyme.

James Stokoe est ce que j'appelle un homme à tout faire. Il s'occupe aussi bien du scénario que des dessins et produit même des couvertures et je trouve toujours ça assez hallucinant parce qu'il procédait déjà comme ça sur son autre titre “Orc Stain”. Concrètement il n'invente rien au niveau du récit, le gros monstre qui casse tout et se castagne avec d'autres monstres en engendrant toujours plus de casse et d'explosions, c'est pas nouveau.

Néanmoins étirer le sujet sur une demie-vie et faire progresser le personnage aussi bien physiquement que psychologiquement est très intéressant. On passe du jeune aventurier au vieux soldat blasé qui n'a qu'une envie, que tout ça se termine pour enfin avoir la paix. Le plot twist n'est pas bien surprenant non plus mais on se laisse prendre au jeu de la lecture et vu que contrairement au cinéma, les effets spéciaux ne coûtent pas aussi cher. (mais l'artiste se retrouve néanmoins avec plus de travail détaillé donc ce n'est pas rien quand même !) L'avantage d'être son propre scénariste c'est qu'on a le resultat graphique auquel on s'attend et c'est avec une certaine joie qu'on découvre des cités entières rasées par des rayons de flammes radioactives, des explosions et des monstres enragés, le tout dans le style si particulier à James Stokoe qui est très reconnaissable.

J'aime énormément ce coté un peu brouillon, presque brut qui donne une dimension si spécifique à son art. Les couleurs rendent le tout vraiment top et c'est pour moi toujours un régal de voir ce bonhomme à l'oeuvre. Et comble du bonheur il dessine aussi bien les monstres que les gens ! Certaines de ses introductions de monstres sont époustouflantes et il n'hésite pas à diriger l'action à coup de cases horizontales, en biais ou en vertical et fait un usage parcimonieux des splash pages qui servent toujours à la lecture.

Son sens du détail est tel que je lorsque je relis ses travaux et je remarque parfois des choses que je n'avais pas vues à la première lecture. Ses décors sont loins d'être vides et ses villes en ruines fourmillent de détails, ici pas de fenêtres suggérées ou de rues vides, si il faut dessiner une cinquantaine de véhicules, il les dessine. C'est un vrai travail de fourmi (sacrément artistique la fourmi !) et un vrai plaisir pour les yeux et les amoureux du détail. Ses personnages sont hauts en couleurs et les physiques sont suffisamment différents pour les reconnaitre au premier coup d'oeil. Ses expressions faciales sont parfois un peu exagérées mais je trouve que le style s'y prête et que ça sert très bien la narration visuelle.

Je ne saurais que trop conseiller cette mini-série aux curieux souhaitant découvrir Godzilla en version comics. L'anglais n'est pas trop technique, c'est un bon auteur-dessinateur, le dessin est particulier mais personnellement j'ai beaucoup accroché. Si vous êtes convaincu par ce que vous voyez ici, n'hésitez surtout pas, vous ne serez probablement pas déçu !

un minivan transperce Hedorah en jaillissant du monticule visqueux qui lui sert de corps

NOTE : 🌕🌕🌕🌕🌕

Encore un score parfait pour IDW (Non je vous promets que je ne suis pas payé par IDW pour shill leurs mini-séries, c'est juste qu'ils sortent des sentiers battus au contraire des Big Two engoncés trop souvent dans leurs codification ultra-rigide de récit et les courageux se font rares ses dernières années, mais c'est une opinion personnelle, ça ne veut pas dire que ce qu'ils font est systématiquement mauvais !) Je reste aussi à l'affût de ce que pourra faire Stokoe à l'avenir, c'est très prometteur je trouve, je lui souhaite de pouvoir continuer à raconter des histoires aussi folles telles que Orc Stain ou Godzilla ! Je vous laisse sur ma case préférée de toute la mini-série :

Gigan qui arrive en faisant du surf sur un porte-avions !

Gigan arrive en se tenant debout sur un porte-avions lui faisant office de planche de surf

#issues #VO #IDWpublishing #godzilla