TousAntiCovid : beaucoup de bruit pour presque rien ?

Comme l'avait indiqué Emmanuel Macron, l'application StopTousAntiCovid est sortie aujourd'hui. Cette nouvelle application, qui n'en est pas une car il s'agit d'une évolution de StopCovid est censée être une réponse adaptée à la deuxième vague qui vient (toute référence au Comité Invisible est purement fortuite)

La sens du timing

Tout d'abord, conformément à l'annonce du Président lors de son allocution du mercredi 14 octobre, cette application est destinée à être utilisée quand on sort, quand on va au restaurant ou dans un bar. TousAntiCovid est disponible alors même que les bars sont frappés de fermeture, que 20% de la population française située dans les territoires les plus peuplés est soumise à un couvre-feu et que la liste des territoires en alerte maximale s'apprête à s'allonger d'ici peu. Il y a de quoi s'interroger sur le timing et la pertinence de faire cette annonce alors que la vie sociale entre en hibernation progressivement.

En outre, le site du ministère de la Santé qui consacre une page d'explication à TousAntiCovid indique :

au restaurant, à la cantine, quand on va dans une salle de sport, quand on participe à un évènement professionnel

D'une part, les salles de sport sont fermées depuis un mois, et d'autre part, qu'entend-on par “événement professionnel” ? Est-ce qu'il s'agit d'un congrès, une journée d'étude, un rassemblement particulier d'une quelconque corporation ? Ou bien c'est une habile manière en mode Celui-dont-on-ne-doit-pas-dire-son-nom de parler des clusters au tavail sans le dire ?

Une des nouveautés de la V2 de StopCovid réside dans :

Ah bah non en fait. La possibilité de télécharger directement l'attestation depuis l'appli n'est pas disponible pour le moment :

Est-ce vraiment cela qui va inciter les gens à télécharger, activer et utiliser au quotidien l'application ?

L'art de la culpabilisation

La logique qui consiste à dire "si vous n'utilisez pas l'application, vous êtes responsables de la propagation du virus" n'a pas été abandonnée.
L’application est utile dès les premiers téléchargements. Elle permet de gagner du temps. TousAntiCovid va permettre d’alerter des personnes, qui seront aussi identifiées par les enquêtes réalisées par les médecins et l’Assurance maladie, mais elle permet de gagner de précieuses heures.

En précisant que “L’application est utile dès les premiers téléchargements”, les pouvoirs publics reproduisent la même logique qu'au printemps dernier avec StopCovid qui “n'a pas été un échec mais ça n'a pas marché”. D'ailleurs, ils précisent que “L’application TousAntiCovid (tout comme sa version précédente StopCovid) fonctionne techniquement bien.” Effectivement, ce n'est donc pas un échec sur le plan technique mais bien le naufrage d'une politique publique en matière de santé.

Ne pas apprendre de ses erreurs

Alors que la deuxième vague frappe de plein fouet l'Europe et que l'idée d'une interopérabilité entre les applications de chaque pays pourrait avoir un sens, si on considère que le virus n'est pas comme Tchernobyl et ne s'arrête pas aux frontières, la France maintient le choix d'une architecture centralisée avec son protocole Robert.

L'art de la langue de bois

Le site du ministère de la santé justifie son choix de ne pas recourir à l'API de Google et d'Apple pour des raisons de souveraineté nationale :
De plus, recourir à l’initiative d’Apple et Google poserait de graves questions de souveraineté. Le Gouvernement considère que la protection de la santé des Français est une mission qui relève exclusivement de l’État et non d’acteurs privés internationaux

Ce choix est à géométrie variable. Il y a encore une semaine, la France soutenait le choix de Microsoft pour nos données de santé avec le projet Health Data Hub. Puis concernant l'éducation ou la défense, c'est open bar...

#covid #StopCovid #ContactTracing