Le dernier enfant (Philippe Besson)

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un livre d'une seule traite, ou en tout cas en une seule journée. C'est le cas aujourd'hui avec Le dernier enfant, le nouveau roman de Philippe Besson.

J'ai lu tous les livres de Philippe Besson depuis son premier roman En l'absence des hommes, qui m'avait bouleversé lors de sa publication en 2001. A l'époque, j'avais été emballé par son écriture simple mais ciselée, capable de décrire des émotions universelles en donnant l'impression que les mots avaient été directement extraits du coeur du lecteur.

Depuis maintenant 20 ans, au rythme d'un roman presque tous les ans, il nous a proposé des oeuvres dans lesquelles j'ai souvent retrouvé l'émotion du premier, comme Un homme accidentel ou Retour parmi les hommes, mais aussi d'autres – plus rares – qui m'ont moins plu.

Dernièrement, il a publié une série de trois romans semi-autobiographiques dont la qualité allait malheureusement en décroissant. “Arrête avec tes mensonges”, le premier de cette trilogie auto-fictionnelle, m'avait beaucoup plu et reste encore aujourd'hui l'un de mes livres préférés de Philippe Besson. Le deuxième, Un certain Paul Darrigrand, restait sympathique mais sans le souffle du premier. Quant au troisième, Dîner à Montréal, il m'avait franchement agacé, rassemblant tous les défauts récurrents des oeuvres de son auteur sans les qualités que j'avais tant aimées dans ses romans précédents.

J'étais donc un peu inquiet en commençant son nouveau roman, publié dans le cadre de la rentrée littéraire d'hiver 2021. J'avais peur que l'auteur soit désormais sur une pente descendante, condamné à se répéter et à tourner en rond.

Le dernier enfant est un court roman, tout juste 120 pages d'après ma liseuse. Le récit se déroule le temps d'une journée, un dimanche de fin d'été où Anne-Marie et son époux Patrick aident leur fils à déménager. Théo, dix-huit ans et bachelier, quitte le nid familial pour s'installer dans un appartement dans la ville la plus proche en vue de ses études. C'est le benjamin d'une fratrie dont les deux aînés ont déjà quitté la maison depuis plusieurs années. Anne-Marie appréhende le départ de son fils préféré, de son dernier enfant.

Chaque détail au cours de cette journée est une occasion de replonger dans les souvenirs familiaux, chaque moment de cette journée est une lutte contre les émotions qui remontent.

Très vite, on reconnaît la plume de Philippe Besson : simple, limpide, avec ses tics stylistiques habituels. C'est à la fois confortable, comme quand on enfile un vieux pull qu'on adore, et agaçant, parce qu'on craint que ce style caractéristique soit l'annonce d'un énième roman qui tourne en rond sur les mêmes thématiques.

L'impression se confirme : on lit des banalités, il s'installe une sensation de déjà vu, de déjà lu, quand soudain, on tombe sur une phrase, un passage, qui saute aux yeux, qui prend aux tripes, qui touche au cœur. C’est ce qui m’a toujours marqué et plu chez Philippe Besson : cette capacité, au détour d’une page somme toute banale, de décocher une flèche qui touche directement sa cible. Toujours dans son style simple, mais avec une efficacité de tireur d’élite.

Finalement, on se laisse emporter par la mélancolie lancinante de ce roman, par la triste nostalgie d'une mère accrochée à son fils et à son passé. Ce n'est sans doute pas le meilleur roman de Philippe Besson, on y retrouve quelques uns de ses défauts caractéristiques, mais on prend plaisir à suivre cette journée à la fois unique pour ses personnages et universelle pour des générations de parents et d'enfants. De quoi me réconcilier avec Philippe Besson, ou en tout cas d'atténuer mes craintes et de me faire attendre son prochain roman avec plus d'impatience que d'indifférence.

#lecture

Zéro Janvier@zerojanvier@mamot.fr