L’Eau rouge (Jurica Pavičić)

Je lis très peu de polars, il faut vraiment qu'un polar sorte de l'ordinaire pour dépasser le peu d'intérêt que je porte habituellement à ce genre. Les critiques semblaient dire que ce roman de Jurica Pavičić sortait de l'ordinaire, et je suis heureux de dire que c'est le cas.

Tout commence en septembre 1989, dans un petit village de la côte croate, dans ce qui est encore la Yougoslavie. Silva, une adolescente de dix-sept ans, se rend un samedi soir à une fête de pêcheurs. Le lendemain matin, sa chambre est vide, la jeune femme n'est pas rentrée. Après quelques heures, l'inquiétude grandit et sa famille doit se rendre à l'évidence : Silva a disparu. C'est le début d'une longue épreuve pour ses parents et pour Mate, son frère jumeau.

Les premiers chapitres nous racontant cette disparition et l'enquête menée pour tenter de retrouver Silva, en vain. Les années passent, et le récit devient celui des individus marqués par la disparition de la jeune femme mais aussi d'une Yougoslavie en pleine guerre civile, puis en reconstruction, avant que le tourisme de masse ne vienne envahir la côte croate.

L'intrigue policière elle-même est intéressante et bien menée, elle donne clairement envie de tourner les pages et de découvrir la conclusion, mais je crois que l'essentiel n'est pas là dans ce livre. Comme souvent dans les polars, c'est aussi un roman sur l'humain et la société, mais c'est aussi ici un roman sur l'Histoire yougoslave et croate, sur les transformations vécues par un territoire et un pays. De la Yougoslavie communiste à la Croatie touristique, nous assistons, à travers l'histoire de Silva et ses proches, à deux décennies d'Histoire. Un tour de force, pour un roman magistral.

Zéro Janvier@zerojanvier@mamot.fr

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