Les éphémères

Les éphémères passent dans notre vie, nous apportent un peu de bonheur et finissent par s'en aller.

Je ne sais plus où j'ai lu cette phrase mais elle m'avait marqué car elle résume très bien ce que je ressens parfois. Je l'avais notée dans un coin, avec l'idée de la développer un jour dans un billet.

Les éphémères, ce sont celles et ceux que j'ai connus et qui ne sont plus dans ma vie, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

Les éphémères, ce sont ces anciens collègues que la paresse, souvent partagée, puis la gêne m'ont empêché de revoir. Malgré les coordonnées personnelles laissées par celui qui quitte une mission ou une société, malgré les rencontres autour d'un verre ou d'un bon repas, le fossé se creuse : les dernières nouvelles et rumeurs finissent par ne plus intéresser l'ancien qui ne connaît pas tous ces nouveaux arrivés après son départ, dont je pourrais parler. Le temps triomphe peu à peu de ma volonté, et après plusieurs mois sans contact il devient gênant de se rappeler au souvenir de l'autre.

Les éphémères, ce sont ces amis d'enfance que les années et les kilomètres m'ont fait perdre de vue. Voisins ou camarades, nous avons partagé nos jeux, nous avons échangé nos billes et nos vignettes Panini. Puis nous avons grandi, nos choix et nos parcours ont été différents, nous sommes devenus différents. Ceux qui nous qualifiaient d'inséparables devaient pourtant savoir que cela ne durerait pas mais ils avaient raison de nous le laisser croire. Il y a une ironie un peu cruelle dans l'idée qu'on devient vraiment adulte quand on se sépare de ceux qui nous ont aidé à grandir.

Les éphémères, c'est aussi cette amie qui a accompagné mon adolescence. C'était une amitié née malgré les sentiments ou grâce aux sentiments partagés pour le même garçon, et enterrée avec lui. Ce garçon nous a réunis plus de trois ans, trois années peuplées de mensonges, de crises de jalousie et de larmes mais aussi de complicité, de tendresse et de fous rires. Quand le trait d'union a disparu, la tragédie et les malentendus nous ont séparés, plein de rancoeur et en n'admettant qu'un seul regret : celui d'avoir perdu celui qui nous liait.

Les éphémères, ce sont ces relations commencées avec la certitude qu'elles dureront “le plus longtemps possible” et qui ont pris fin avec la promesse, vite rompue, de rester amis et d'être toujours là l'un pour l'autre. Croit-on vraiment à ces grandes déclarations quand on les fait ? Peut-être, jusqu'à ce que le coeur change de cible et qu'on se rende compte qu'après l'amour, il ne reste souvent rien d'autre que de l'indifférence, rarement de l'amitié.

Les éphémères passent dans notre vie, nous apportent un peu de bonheur et finissent par s'en aller. Ils nous laissent avec le regret de ce qui aurait pu être et ne sera jamais, à la fois souvenirs enivrants d'un passé révolu et promesses non tenues d'un avenir rêvé.

#écriture

Zéro Janvier@zerojanvier@mamot.fr