Victor Hugo sur l'aristocratie

Je suis en train de lire L'homme qui rit de Victor Hugo, et j'ai relevé ce matin un extrait où il parle très justement de l'aristocratie, anglaise en l'occurence ici. J'ai tellement aimé ce passage que j'ai eu envie de vous le partager ici.

En somme, la chambre des lords d’Angleterre a été un point de départ ; en civilisation, c’est immense. Elle a eu l’honneur de commencer une nation. Elle a été la première incarnation d’un peuple. La résistance anglaise, cette obscure force toute-puissante, est née dans la chambre des lords. Les barons, par une série de voies de fait sur le prince, ont ébauché le détrônement définitif. La chambre des lords aujourd’hui est un peu étonnée et triste de ce qu’elle a fait sans le vouloir et sans le savoir. D’autant plus que c’est irrévocable. Que sont les concessions ? Des restitutions. Et les nations ne l’ignorent point. J’octroie, dit le roi. Je récupère, dit le peuple. La chambre des lords a cru créer le privilège des pairs, elle a produit le droit des citoyens.

L’aristocratie, ce vautour, a couvé cet œuf d’aigle, la liberté.

Aujourd’hui l’œuf est cassé, l’aigle plane, le vautour meurt. L’aristocratie agonise, l’Angleterre grandit.

Mais soyons justes envers l’aristocratie. Elle a fait équilibre à la royauté ; elle a été contre-poids. Elle a fait obstacle au despotisme ; elle a été barrière.

Remercions-la, et enterrons-la.

- Victor Hugo, L'homme qui rit, 1869

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