dans un ciel à l'envers l'air est l'eau
le corps se dissout en étincelles sereines
les mouvements se noient dans le courant
et le visage absent se tourne vers d'autres profondeurs
dans un ciel à l'envers l'air est l'eau
le corps se dissout en étincelles sereines
les mouvements se noient dans le courant
et le visage absent se tourne vers d'autres profondeurs

nous sommes les herbes sèches de la garrigue que le soleil enflamme nous sommes les flancs des collines qui s'écartent pour ouvrir la vallée
nous sommes les arbres qui essaient de rejoindre le ciel
Photo par Gilles Le Corre “By the moutains near the village” D300S-0269BW-2021 July 20th – By courtesy © Gilles Le Corre & ADAGP 2021

venue des collines accablées une pluie amère descend sur le village et peut-être sa maigre rivière
les maisons sont des spectres qui tiennent les arbres en respect
on entend parfois un chien et le chant de la débroussailleuse
dans le soir apaisé s'égouttera bientôt la nuit profonde nuit qui efface les traces en plein cœur d'un sommeil sans écueils
Photo par Gilles Le Corre « The neighbouring hamlet on its hillock » 2021-June D300S-0225BW By courtesy © Gilles Le Corre & ADAGP 2021
je marche vers la mer le soleil me pousse dans le dos
mon ombre bien plus grande que moi vide et légère allongée sur le sable me fait signe
elle est au bout de mes chaussures trop lourdes du poids de mon corps fatigué
puis mon ombre disparaît dans l'ombre d'un nuage qui me laisse seul sur la plage
de mon ombre envolée ne restent à mes pieds qu'une flaque d'eau grise et le désir de danser
“Loneliness...” par Giuseppe Milo, licence CC BY 2.0
nous sommes des trains qui se croisent se frôlent et s'ignorent une fois hurlés nos cris d'alerte
nous vibrons de colère nous lançons des éclairs sur les caténaires nous dansons impeccables sur des rails rouillés et luisants à la fois
nous sommes des trains qui foncent sur leurs vies parallèles qui pourtant peuvent prendre tant d'autres voies
nous sommes des trains qui foncent dans la nuit pour chercher des quais vides et des gares oubliées

« intersection de deux parallèles » par OliBac, licence CC BY 2.0
nous sommes des hommes des femmes pêle-mêle au sol rompant de rage les jouets menteurs du sommeil
nous sommes femmes en guerre enfuies du troupeau nous sommes des hommes sans trêve ni repos
la pluie nous abreuve le soleil nous bénit chacun de nos pas marque d'une empreinte profonde la boue des origines et l'étoile qui nous veille
nous sommes des femmes des hommes qui savent quand se taire mais jamais quand mentir
nous parlerons à l'envers sans trembler pour arracher leur masque aux mots cachés
demain nous fêterons nos instants de victoire d'un grand bond par-dessus la rivière oubliée
“Crossing the River” par Katia de la Luz, licence CC BY 2.0
nous sommes des îles minuscules des îlots plutôt archipel épars et rochers émergés que la marée basse délaisse et qui disparaissent sous les vagues furieuses
nous sommes des îles où presque rien ne vit avec un seul sentier rongé de ronces et de lézards pas d'anse abritée ni de hauts-fonds sablonneux
nous sommes des îles sauvages et nous tenons bon nous résistons à l'océan à la tempête
nous sommes des îles qui attendent
nous sommes des îles tranquilles et patientes il faudra bien des siècles avant que nos blocs de granite s'envolent en nuages de sable rouge au vent du large
“The Blue Before the Storm” par Trey Ratcliff, licence CC BY-NC-SA 2.0