Unvarnished diary of a lill Japanese mouse

auberge

JOURNAL 24/09/2023 #auberge

Rentrées dans la nuit, on commençait à s'inquiéter à l'hôtel. Les gens sont gentils ici, surtout les gens un peu âgés. Et ils savent que c’est dangereux la montagne... C'est rassurant. j'ai besoin être rassurée. L'année prochaine j'aurai 30 ans, je donne des formations pour être une guerrière, apprendre à tuer les gens en fait, avec le sabre, le tanto et même les mains et j’ai besoin qu’on me tienne la main pour m'endormir. On ma violée la première fois à 14 ans et j'aurai 14 ans toute ma vie.

JOURNAL 26 juillet 2025 #auberge

Les filles de la maison

On est reçues plus que gentiment, avec amour. Les aubergistes nous ont redit qu’on est comme leurs petites filles qui ne viennent jamais les voir, elles, et on peut venir, nous, quand on veut sans prévenir il y aura toujours un futon et deux bols pour nous tout le temps même si l'auberge est pleine. Ça nous tire des larmes douces qu'on retient parce qu’on est au Japon quand même, on s'aime mais pas d´effusions, jamais. On va aller manger, c’est fête ce soir « pour l'arrivée des filles de la maison ». On ne se ressemble pas vraiment, une blonde une brune, les clients ne comprennent pas mais personne ne moufte, ça aussi c'est le Japon…

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C'est l'heure du onsen. On est prêtes pour y aller avec les autres clients, puis la patronne (je vais l'appeler mamie, ça traduit bien l'idée en français) vient nous chercher en douce. On sort par derrière, on traverse le potager puis un petit bois à la lumière des étoiles, et dans les rochers qui font une piscine naturelle, la vapeur de l'eau chaude : c’est le onsen privé… Ici on sera toujours seules c'est pas ouvert aux visiteurs. C’est un super cadeau une super preuve qu’on est adoptées au plein sens japonais. Voilà, maintenant on est comme les filles de la maison, on fait partie de la famille jusque dans l'intimité du onsen.

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Tout est éteint Il y avait juste une petite lampe à la porte de derrière pour qu’on ne se perde pas en revenant du onsen. C'est drôle comme dans ma vie depuis la mort de maman et ma grand-mère j'ai été beaucoup plus aimée par des gens étrangers que par ma famille qui ne m’accepte que depuis pas longtemps. J'ai été adoptée plusieurs fois même. Ça m'émeut beaucoup. Je me dis que finalement je dois être aimable plus que je ne pensais quand j'étais petite. Il ma fallu beaucoup d'années pour comprendre et admettre ça, et beaucoup d'amour.

Maintenant les filles sages vont éteindre à leur tour les téléphones et les lampes et dodo…

JOURNAL 4 août 2025 #auberge Nouvelle famille

Je me sens bien ici l'impression d'être loin en arrière quand j'étais petite j’avais une maman et une mamie une famille qui m'aimait où j'avais une place petite place mais chaude et douce

On a été adoptées ici sans cérémonie on est venues souvent oui comme clientes puis on a senti à chaque fois un peu plus qu'on prenait particulièrement soin de nous, qu’on veillait sur nous, on a échangé plein de confidences et puis en arrivant on nous a dit maintenant vous serez comme nos petites filles comme ça tout simplement et on a dit ok et on fait comme si on l'était vraiment on ne se comporte plus en clientes et on rend l'affection aussi simplement qu’on la reçoit c’est un échange dont nous avons tous besoin nos nouveaux papi et mamie ne voient pas leurs petites filles ne savent même pas où elles vivent et ils ont pas vu leur fille depuis 20 ans ils ont besoin de nous ils ont de l'amour à donner.

Maintenant on va dormir on est sous le ciel encore comme hier, la nuit est belle les nuages sont partis vers le sud et l'est On nous annonce des orages cette semaine on va profiter de cette belle nuit chaude

JOURNAL 21 décembre 2025

#auberge

Ça y est, on va monter dans la camionnette du konbini ! Elle est prête avec les chaînes. Il y a beaucoup de neige, peut-être qu’on devra finir à pied en raquettes. Ha ha c’est l'aventure ! On va essayer d'arriver avant la nuit, il y a pas de lune, de toute façon trop de nuages, peut-être pas de réseau partout à cause de la neige. On est super heureuses, ici on respire pureté et liberté. On y va ! . . .

Il neige. On s'arrête là, le chauffeur craint de pas pouvoir redescendre. Il va faire nuit. On connaît le chemin. On a une heure de marche environ. On est bien équipées, on arrivera pour dîner. Tadaaaa c’est l'aventure… . . .

On est dans notre chambre on a déballé nos sacs avant le bain, je vous raconte un peu. On s'est levées à 6 h ce matin on avait mis le réveil, une bonne douche et petit dèj plus préparer les bento et en route. métro train changement train jouet On roule dans la neige, c'est tellement beau. On monte au milieu des forêts blanches. On arrive finalement au village vers 15 h. La camionnette ne pouvait pas partir tout de suite, il fallait mettre les chaînes pour monter. Finalement la neige s'est mise à tomber à peu près au milieu du trajet, on a fini à pied en raquettes sous la neige et la nuit est arrivée. C’est pas vraiment la nuit tout de suite dans la neige, il y a comme une clarté au sol. On connaît le chemin même si la route est couverte de neige, on suit bien le tracé. On a des lampes frontales de toutes façons, mais on les a à peine allumées. La lumière des voyageurs était visible de loin ça nous a guidées. On est arrivées pour la soupe !

Olala les effusions ! Mamie et papi ne nous attendaient plus, ils pensaient que vu le temps on resterait dormir en bas. Il y a trois clients venus pour le ski de fond. Alors c'était la fête trop d'affection ici On a offert les petits cadeaux. On était couvertes de neige, comme des ours ! On s’est fait gentiment gronder, forcément, puis honshu¹ bien chaud avant de passer à table.

¹ honshu ou nihon shu : le nom du sake… quand on le boit

On est super heureuses, ici c’est la vraie vie. On a dormi dans le premier train alors pas trop fatiguées. On va maintenant se faire ce dont on rêvait depuis des mois : onsen privé sous la neige comme les singes du hokkaidô !

J'ai pas pu me revoir cette nuit du hokkaidô où je voulais me coucher pour toujours dans la neige. Cette fois j’ai pas eu les pieds gelés mais c’est redoutable ces souvenirs. J’ai failli y croire puis j'ai senti la main de A dans la mienne et je suis revenue. Faut que je fasse gaffe. La marche comme ça dans la neige, la nuit, c’est hypnotique vous savez ?

On a passé les yukata et les haori doublés on va au bain…

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On a regardé la neige tomber dans la vapeur du onsen en rêvant d’une autre vie ici, c'est génial. Juste la lumière de la petite lampe au pétrole pour percer la nuit, on s'est presque endormies. On n’a même pas froid quand on sort de l'eau, c’est dingue. On s'est frottées de neige pour faire une jolie peau. On riait comme des enfants, heureusement le bain est un peu à l'écart, pas la peine de réveiller tout le monde.

On est les dernières couchées, maintenant dodo. Demain on déneige les toits.

JOURNAL 22 décembre 2025

Après le service on est venues discuter avec les clients. Ils étaient curieux de savoir nos liens de parenté, ce qu’on faisait en dehors etc. On a parlé de la France forcément, de mon travail, de l'activité de A au ministère? Ils sont intéressés par ce qui se passe en Ukraine, tout ça, bref trois heures ! On sort du onsen la nuit est magnifique, plus un nuage ici, on voit toutes les étoiles de l'univers c’est fantastique, ça m´hypnotise. Notre chambre est à l'écart mais elle est belle, les tatami sentent bon et c’est bien chauffé par le sol.

#auberge

JOURNAL 23 décembre 2025 #auberge

Le tracteur de déneigement est monté jusqu'à l'auberge ce midi, il était suivi par une auto avec des clients qui devaient arriver hier, ils n’ont pas pu monter, ils ont passé la nuit au village. Évidemment ils sont habitués, ils viennent depuis des années, un couple environ 60 ans. Ils sont charmants. Ravis de trouver des jeunes ici pour le service. Ils viennent tous les ans pour les vacances en fin d'année. Nous on ne les avait jamais vus.

On a fini les toits. Toujours le même ciel fumeux mais pas de neige. Il fait froid mais l'hôtel est bien chauffé par l'eau chaude naturelle. Le système de chauffage a plus de cent ans. On va préparer le thé. Les skieurs ne sont pas encore rentrés mais ils devraient arriver vers 16 heures, il faut que tout soit prêt…

… C'est drôle comme tout le monde est content qu'on soit venues aider à l'auberge. Les clients sont tous des fidèles, ils viennent ici depuis des années, ils ont toujours vu mamie et papi seuls, et ils s’inquiètent parce qu’ils sont vieux. Quand on leur dit qu’on aimerait pouvoir reprendre l'auberge et finir nos vies ici ils sont enthousiastes. Ça nous renforce dans notre idée. Resterait à légaliser tout ça et c'est pas si simple. On a un peu la trouille d'acheter même si le prix serait très raisonnable, on n’est pas du métier et c'est pas si simple que ça en a l'air.

Demain si le temps le permet on part tôt dans la forêt voir les grands sapins fatigués. Leurs branches pendent jusqu'au sol au dirait qu'ils ont vêtu des robes vertes et blanches.

On se couche tôt ici. Nous sommes les dernières au lit. Le temps de ranger de nettoyer la grande salle. On va au onsen maintenant, le bain dans la nuit avec la petite lampe comme seule lumière, c’est comme un rêve

JOURNAL 25 décembre 2025 #auberge

La neige a repris. Elle est généreuse. Pas question de traîner dehors, même les skieurs ont renoncé. On ne voit rien à dix mètres, c'est des trucs on se perd facilement et après salut... par ce froid tu ne tiens pas longtemps. Alors c'est papotage général dans la grande salle, une super ambiance. Papi raconte des histoires du pays. Je vais servir le thé.


C’est l'heure ou tout est calme ici, chacun s'est retiré dans le confort des chambres. La nuit impose le silence. Nous serons encore les dernières couchées. Oh nous aimons ce rôle. Nous veillons sur le repos de tous.

L'obscurité est troublée seulement par la petite lampe du onsen privé que nous apercevons de notre petite fenêtre. Nous nous dévêtons dans la chambre pour passer un yukata. Il faudra vite courir, nos serviettes dans les bras, avant de pouvoir nous plonger avec délice dans l'eau chaude, qui nous paraîtra presque brûlante par contraste.

JOURNAL 27 décembre 2025 #auberge

C'est l'heure silencieuse, tous se sont retirés dans leurs chambres ou au onsen. On est là dans la grande salle , on a fini de nettoyer et ranger dans la bonne odeur des braises du irori qui finissent de se consumer. On l'avait allumé ce soir, un peu pour le plaisir, un peu pour la marmite suspendue au jizaikagi (crochet) avec le merveilleux bouillon d'algues au poisson qui se gardait chaud. Les clients adorent, et nous aussi, malgré la fumée qui pique un peu les yeux, comme il y a longtemps, et l'odeur du riz dans toute la pièce.

Pendant le repas on était au temps des poètes et des artistes errants du ukiyo de edo. Je peux pas m'empêcher alors de penser à mes ancêtres pas si lointains de cette époque : femmes joueuses de shamisen ou de koto, fines et cultivées, mariées trop jeunes et sans leur consentement à des seigneurs brutaux, virilistes et abusifs pour qui la vie humaine avait si peu de prix et celle des femmes particulièrement.

Ce soir je regarde ma princesse finir son bol de bouillon tranquillement, ses cheveux nimbés d'un halo d'or par la dernière lampe murale qui éloigne comme elle peu l'obscurité, de là-bas, au fond. Tout à l'heure nous irons au onsen dans la neige avant de nous glisser délicieusement sous nos couettes épaisses dans le silence absolu de la nuit, troublé seulement soudain par le bruit étouffé d'un paquet de neige tombé d'une branche. Demain si le temps le permet nous monterons dans la forêt pour regarder de haut la beauté du monde tout blanc.

JOURNAL 30 décembre 2025 #auberge

Alors comme on est pas habituées à ces pratiques, on a demandé à mon frère de mettre ses experts sur le coup de notre rêve de reprendre l'auberge. Lui il a toujours pensé que c'était une folie, mais il a joué le jeu comme si c'était pour lui. Alors il y a plusieurs points essentiels. Bien sûr on peut acheter les bâtiments du vivant de m et p, mais on peut pas avoir la licence de restauration parce que c’est une licence de 1947 qui a été donnée aux établissements familiaux qui existaient depuis x années avant. Elle est transmissibles aux descendants, enfants, neveux et nièces cousins etc. à condition qu'ils aient un lien de parenté mais elle peut pas être vendue car elle a été donnée c’est un régime spécial destiné uniquement aux établissements traditionnels anciens. Donc il nous faudrait obtenir une nouvelle licence. Et voilà le point merdique : si un quelconque héritier se pointe un jour et dit moi je prends la licence familiale, au revoir neko et A il sera prioritaire. La loi japonaise est très protectrice des droits familiaux et professionnels. Pour la même raison si un héritier en ligne directe, donc enfants, petits-enfants, arrière etc. décide d'attaquer la vente il a de fortes chances de gagner, il y a plein d’angles d'attaque possible : le montant, l'influence sur des gens très âgés, le fait qu'une des acheteuses est une étrangère etc. 80 % de chances que le tribunal nous donne tort. Pour assurer notre coup il faudrait l'accord de la fille de m et p mais aussi des petites-filles qui signeraient une renonciation au droit de licence et à toute réclamation sur la vente. En plus comme le Japon ne reconnaît pas le mariage entre femmes, tout contrat devra être établi à nos deux noms pour qu'on ait les mêmes droits sur les bâtiments et la nouvelle licence et badaboum A n'a pas encore le statut de résidente donc si son visa était annulé (avec la dingue au pouvoir c'est pas du tout impossible) alors au revoir princesse. Même si M et P nous adoptaient, solution extrême ça poserait encore un problème pour A. : deviendrait-elle Japonaise du même coup ? malheureusement la question ne semble pas tranchée. Tout cumulé la possibilité de réussite à moyen terme du projet est proche de 0% sans parler des pertes financières dont je vous ferai pas un exposé c’est pas passionnant. Il y a en plus pour tout arranger des lois locales régionales qui sont ce qu'elles sont mais qui vont pas dans notre sens et qui me considèrent moi même comme étrangère, étant originaire du kanto. Et la loi non écrite la plus importante du japon et qui chapeaute toutes les autres et qui dit Ça Ne Se Fait Pas ça vous fait rire mais c’est ça mon pays C’est comme ça par exemple que des milliers de postes dans les grandes entreprises je dis bien des milliers sont occupés par des gens qui arrivent le matin et repartent le soir sans avoir strictement rien fait ou presque : on peut pas les virer parce que “ça ne se fait pas”, aucune considération économique ne peut avoir raison là-dessus. C’est dingo, hein ? C'est le Japon.

Alors soit on trouve l'adresse de la fille de m et p et celles des deux petites filles soit on abandonne définitivement. Elles sont vivantes car elles sont toujours mentionnées sur le livret familial mais personne ne sait ce qu'elles sont devenues. La fille a dans les 70 ans et les deux petites-filles un peu plus âgées que nous 38 et 40 c’est tout ce qu'on sait. Environ 100 000 Japonais disparaissent chaque année, inutile de dire que c’est pas la peine de s'adresser à la police pour les trouver.

Alors pfffff notre rêve est parti emporté par le vent 🌬️ On est allées faire une grande marche sous la neige en silence pour digérer ça ❄️❄️❄️ merci à vous de vous être fait du souci pour nous, ça ira mieux demain Si le chasse-neige dégage la route on devra accueillir 6 pensionnaires, il faudra être souriantes comme des vraies Japonaises bien dressées.

JOURNAL 1er janvier 2026 #auberge

Hier super soirée : koto et flûte, un pensionnaire avait prévu, il joue en duo avec mamie tous les ans depuis des années. On a passé 4 heures à table, A et mamie à la cuisine, moi et papi au service, entre on prenait place à table aussi c'était extrêmement chaleureux. Le concert parfait, des vrais pros. À minuit super sake de fukushima ça n’existe plus, c’est encore plus précieux. Comme je faisais aussi le service je n'ai pas beaucoup bu, je suis assez contente de moi.

Ce matin déneigement de l'entrée, ça réchauffe et met en forme. La neige n'a pas cessé de tomber, on a plus de 70 cm dehors. Si ça continue on devra déneiger les toits à nouveau, à un mètre c’est critique.