que le vent venu de l'ouest enjambe les collines chasse brumes et sombres nuages
et t'emporte vers le jour naissant où l'arbre aux feuilles d'or abritera l'amour de ta vie
que le vent venu de l'ouest enjambe les collines chasse brumes et sombres nuages
et t'emporte vers le jour naissant où l'arbre aux feuilles d'or abritera l'amour de ta vie
notre vie toujours est une forêt perdue dévastée de coulées de larmes troncs abattus par la tempête racines à nu dressées en vain vers le ciel
à quel arbre ancien confier tes secrets à quel grand pin ton chagrin
mais d'autres forêts debout d'autres arbres t'attendent tu pars à leur rencontre
pour étreindre encore les troncs puissants et doux des hêtres centenaires
pour écouter encore leur voix venue des âges la rumeur continue des siècles sous l'écorce
et leur sagesse ancienne apaisera ton cœur
au plus lourd du sommeil la nuit combat la nuit le temps s'allonge et multiplie
car nos yeux grand ouverts dans le noir inventent des jours inventent des vies que le matin ne dissipera pas
le fleuve traîne sa flemme sous le gris de la pluie
la nuit gagne lentement elle éteint la journée
et sur la passerelle tendue de câbles vibrants le vent nous emporte
combien de jours ai-je perdus en attendant le bon moment
de chemins que j'aurais pu suivre au beau milieu des champs ouverts
de destins que j'ai croisés qui auraient pu être miens
une heure de plus une heure de moins au bout du compte ne change rien
heure d'été heures d'hier les aiguilles ne tournent pas à l'envers
je suis un vieux monsieur aux cheveux neigeux
je n'y comprends rien on me dit mais non c'est pas ça du tout
mais moi pourtant j'ai bien entendu les uns lancent des bonbons ardemment les autres livrent des arbres
on me dit tu as de la chance d'avoir si mauvaise ouïe
mais où vont ces mères et ces enfants si nombreuses sur les quais et les routes
je suis un vieux monsieur je n'y comprends rien

par tous les torrents par tous les sentiers les nuages descendent vers la vallée
où sera demain dans quel brouillard laiteux la ferme aux toits rouges que le soleil allumait au temps de l'enfance
Photo par Lucio Barabesi
pulsation
la terre au loin se renfle et se creuse ses grondements se rapprochent
la cave est froide et humide la lumière faible et rare
les paumes vers le ciel la mère chante un autre air
dans ses bras l'innocence emporte le combat
la pulsation reprend toujours au poignet de l'enfant