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7 décembre 2025
Exister
J'ai mal dormi.
Une hallucination.
Je me suis réveillée seule, j'avais 6 ans et maman n'était pas là.
Seule dans le noir et l'effrayant silence de l'absence.
Je suis revenue à la réalité quand j'ai perçu enfin la tranquille respiration de A à côté de moi.
C'était affreux.
J'ai sans doute passé plusieurs heures avant de me rendormir.
Plus j'approche de ma petite enfance, plus c’est dur.
Cette hallucination cette nuit m'a ouvert les yeux, la lumière violente comme ça c’est bon mais ça blesse, pas toujours facile à supporter,
on préférerait peut-être garder les yeux fermés.
Jusqu’à cet été de mes six ans, j'avais une existence et une famille :
ma maman
ma mamy
Je savais l'existence d'un monsieur papa qui ordonnait et interdisait, mais je ne le voyais jamais.
J’avais aussi 3 frères qui me faisaient peur, alors je les évitais.
Puis il y avait le personnel qui m'appelait mademoiselle ( je traduis les suffixes honorifiques du japonais).
Puis ce matin-là, ma maman m'a dit que elle prenait sa voiture pour aller chercher mamy. Elle reviendrait en fin de matinée.
Puis le soir est arrivé et elle n’était pas là.
Personne ne s'était occupé de moi, je n’avais même pas mangé, et le lendemain matin je me réveille toute seule, maman n'était pas là à mon côté.
Ça a duré trois jours.
J'étais nourrie à la cuisine où j'allais en quelque sorte mendier.
Je traînais dans mon uniforme mais personne pour m'emmener à l'école.
Le quatrième jour c’est une des femmes de service qui est venue s'occuper de moi, elle faisait ça en plus de son travail, gentiment mais sans affection particulière pour la petite mademoiselle.
Ça a duré une ou deux semaines comme ça.
J'avais le sentiment de ne plus exister, d’être devenue un fantôme dans la maison. À l'école les professeurs étaient devenus très gentils mais je ne savais pas pourquoi.
En fait j'ai appris la mort de maman et mamy quand ma nanny est arrivée des usa.
Je n'étais même pas à la cérémonie.
On m'avait oubliée.
J'ai déjà raconté mon enfance avec ma nanny, de 6 à 12 ans, et nos débuts difficiles. Elle m'a réellement aimée mais ça n'a jamais réparé ce sentiment de ne plus exister.
Puis un jour — était-ce encore l'été ? —mon frère est venu me chercher et m'a donné ma première leçon de kenjutsu à sa manière.
Le premier coup m'a sidérée.
Mais je viens de comprendre cette chose qui change tout : j'ai aimé ça,
moi qui me croyais inexistante au point de ne plus être perçue par les adultes.
Soudain mon frère, c'était pour moi un homme, il avait 18 ans, soudain il s'intéressait à moi.
Je suis née en heisei 6, année du chien dans l'ancien calendrier, eh bien comme un petit chien j'ai aimé la main qui me frappait parce qu’elle me donnait une existence.
Et ça a duré 6 années pendant lesquelles je me suis efforcée de lui plaire, exister à ses yeux justifiait que je supporte tout, c’était mon frère…
J’ ai été élevée dans le culte traditionnel de la famille, je voulais avoir une place en son sein. J'espérais que mon père même un jour pose un regard sur moi, ça aurait été la récompense suprême, j’aurais été comme mes frères, j'aurais été un garçon peut-être.
Vous voyez un peu ?
Je tombe du quatrième étage.
Je croyais l'avoir haï, au contraire je me serais jetée dans le feu s’il me l'avait ordonné.
Et ensuite les attouchements, les tripotage sexuels de mon oncle, des preuves que j'existais.
Ah dites donc, ça secoue.
Je me suis révoltée à cause du viol par les yakuzas.
Exister à leurs yeux je m'en tapais bien, ils n’étaient pas de mon putain de sang !
Ils étaient vulgaires, violents et étrangers !
Cette agression-là c'était pas une reconnaissance, c’était insupportable, ensuite j'ai fait cette dépression et tout est parti en sucette.
J’ai commencé à bâtir un autre récit, d'héroïsme et de résistance dans le hokkaidô. La perception de mon corps, de mon genre, de ma personnalité, tout était flou. Je ne savais plus qui ni ce que j'étais.
J'ai atterri à Nara quand j’ai eu mon premier orgasme avec mon amie.
C’est à partir de ça que je me suis rebâtie.
Alors la question inévitable : est ce que je suis lesbienne alors, ou bien c’est un quiproquo ça aussi ?
Ben oui je le suis,
j’ai toujours été,
je n’ai jamais été émue par un garçon, mais c’est le corps des filles qui me fait frémir.
Au fait je n’ai jamais pu jouir par introduction dans le vagin, au contraire ça me réfrigère.
Et l'idée dune bitte, désolée les gars, mais ça me lève le cœur.
Au collège c’est une fille déjà qui me faisait bander.
Et puis au fond de moi, je sais bien et ça suffit, de ce côté je suis enfin rassurée.
Je vais balancer tout ça à mon psy.
Je me sens soulagée au-delà de tout ce que j'aurai pu imaginer.
C’est un peu comme assister à un lever de soleil du haut de fuji san.
Mon cœur est plein de lumière ce soir.
J'aime ma princesse comme jamais
sa patience
sa gentillesse
son amour
qu'elle m'a encore donné tout au long de cette longue journée.
— oh elle éclipse le soleil !