selmakovich

je travaille de 9 à 7 dans un bureau et j'écris dans le bus.

Les petits font des roues arrière et touchent le néant du bout des doigts, ça leur apprendra me dit une collègue, comme si on pouvait apprendre quoi que ce soit du néant,

il faut ne jamais avoir contemplé l'abîme pour penser que la mort fait grandir, la mort rapetisse, regarde tes fantômes, ils tiennent dans le creux de ta main, minuscules formes évanescentes qui te racontent qu'un jour peut être il y a longtemps, tu as été aimé,

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Ce n'est pas vraiment que je tombe plus qu'avant. C'est que je documente mes chutes, sur des tickets de caisse, sur des certificats administratifs, sur la semelle de ma chaussure, sur toutes les surfaces suffisamment lisses pour que j'écrive : ici j'ai tombé. Ici, le sang de mes genoux et la tête en fragmentation. Ici, les tornades dans le cœur et les pensées galopantes.

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La ville morte / épisode 17 - Michelle Gurevich et la station essence

Le karcher glisse sur les vitres de la voiture, je reste dans l'habitacle. Michelle Gurevich chante en filigrane. Sa silhouette en noir et blanc danse dans les coulées de savon. Son visage se découvre d'une fenêtre à l'autre. Elle a les yeux fermés, elle me chante un secret, entre deux mouvements, à la fois lents et violents.

Sa voix me berce et me dit : c'est ok de ne pas aller bien.

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Un bouquet d'épines s'accroche à ma veste, effleure puis déchire le cuir fin. Mes mains faibles ne retiennent pas les chutes de tissus. La lune reflète ma peau, faible comme le reste.

On ne parle de la sécheresse du lac qu'une fois par an. Le reste de l'année ses eaux boueuses suffisent.

Ma chair tombe en lambeau et découvre mes os, blanc comme la chaux. La lune même se voile, il ne reste qu'une oraison, en murmure.

Dans la vallée, la rumeur des Montages ne tarit pas. On aurait vu se déposer un chapeau de nuages. Le berger prend son manteau et déploie ses bottes. Les squelettes ne l'effraient pas, il sait que la terre en est faite.

C'est un drôle de jour pour me soustraire à vos regards encore, un beau jour pour le départ.

#poesie

La ville morte / épisode 16 - la balance

L'homme pose sa balance sur le banc. “Je pèse le banc” il dit. Ses gestes vont vite, trop vite pour que j'en comprenne le sens. Des chiffres s'affichent sur la balance grise. C'est étrange, je pense. Pourquoi des chiffres sur cette balance. Je crois que c'est cette question qui l'agite lui-aussi. Il pose la balance, se lève, part, revient précipitamment, caresse l'acier de la balance, s'assied, part de nouveau.

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une fille penchée, issu d'un ouvrage de Schuiten et Peters

L'homme qui penche est un livre qui a vécu longtemps avec moi. Je l'ai terminé fin janvier. Trois mois après, je le relis en cherchant des signes.

31 janvier 1997 31e jour de la 1997e année. Rien n'a bougé. Le mur est intact. Le maçon n'est lié qu'à ce qu'il fait. Et qui tient. Voilé par la mort. Que toute présence nous voile.

J'ai commencé par la fin. Je sais que Thierry Metz meurt en cette 1997e année. Le voile est tombé et il a traversé. Dans la biographie il est dit : l'auteur s'est donné la mort.

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Il y a des airs de vacances scolaires dans la ville morte. Des bandes de gamins traînent dans les rayons de soleil de la fin d'après midi. Tous sont habillés avec soin : la sacoche répond aux chaussures, la casquette à la veste.

Les deux frères ont les mêmes chaussures, des requins noires. Ils claquent la porte d'une Renault bleu flic. Ils disent “à ce soir” en sortant, une bouteille d'oasis à la main. Leur tenue est presque identique : haut noir, bas bleu foncé. Ils avancent vers la gare TER avec les pieds en canard. Ils accentuent un peu leur démarche, ils découvrent qu'on les regarde.

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une maison en bois, vide de face

La maison ressemble à plein d'autres maisons. Il y a la cuisine ouverte sur le salon, il y a le canapé bleu qu'il faudra bientôt changer, il y a la piscine et la pool house.

Ce n'est pas une cachette, une tanière. C'est une scène. C'est beau une scène, il y a des rideaux, il y a des costumes, il y a des pas claquent sur le sol en rythme avec les émotions. Ce n'est pas le refuge dont je rêve quand je pense à une maison en bordure de montagne. C'est un petit théâtre. D'ailleurs, la maison attend les spectateurs et les spectatrices. “On a besoin que des gens viennent pour se sentir chez nous”. Les ami.es, la famille, défilent, commentent, amendent, rassurent et félicitent. Parfois trop (“tu sais comment elle est, elle trouve tout formidable”), parfois pas assez (“mais alors, ça te plaît ?”).

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Je vois des choses bouger se détacher du reste de la pièce comme poussées par une main invisible

je cherche un farfadet un djinn n'importe quoi qui expliquerait ces visions stupides

je lis l'histoire de gens avec des visions extraordinaires des vierges Marie des éclats du futur

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J'ai repris une conversation, douze ans plus tard. Les quais du Rhône sont parsemés de télétravailleur‧e‧s et d'étudiant‧e‧s. L'air est chaud, on croit enfin au printemps.

J'ai compris l'expression “reprendre une conversation comme si on s'était quitté la veille.” On s'est quitté avant le lancement dans la vie étudiante, on se retrouve douze ans après, au début de notre vie professionnelle un peu incertaine.

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