selmakovich

je travaille de 9 à 7 dans un bureau et j'écris dans le bus.

deux statues sans visage

Je ne prends pas de risque, tout se passe à l'intérieur d'une boite crânienne solide, je ne l'ai brisée qu'une fois, un été de retour de voyage, le chauffeur de bus était bourré et il a freiné d'un coup, j'étais debout à tenir les bagages, j'ai fait un vol plané, je crois qu'on n'a jamais rien dit au chauffeur bourré, ma mère gérer seule mes sœurs et nos bagages, j'ai eu des points de suture et j'étais étonné que ça ne fasse pas plus mal ;

la douleur c'est compliqué, je n'arrive jamais à savoir si elle existe ou pas, pourtant j'ai vu ses dégâts, j'ai vu le fantôme de la douleur passer sur le visage de ma mère, mais j'ai préféré l'appeler fatigue et même fainéantise, j'en suis pas fier mais parfois je me dis qu'il faut reconnaître ses erreurs pour apprendre d'elles ;

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sac en plastique volant Je regarde par la fenêtre et il y a le début d'un orage. Les platanes se balancent, pleureuses annonçant l'heure. Des feuilles tourbillonnent comme des hirondelles au bord d'un lac. D'où viennent toutes ces feuilles en plein mois d'août ? Un sac plastique nous joue une scène d'American Beauty, j'ai envie de le prendre en photo mais tout va trop vite. Le pas des gens dans la rue se fait plus pressant. L'odeur de la pluie est partout, pourtant on ne la voit pas.

Il y a cinq personnes le long d'un porche qui ne bougent pas. L'un d'eux fume une cigarette, deux autres regardent leur téléphone. Le premier éclair ne les fait pas broncher. Le deuxième non plus. Ils sont sous un porche après tout, que peut-il leur arriver ?

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Annette, de Leos Carax n'a pas été un film difficile à regarder. La musique de Sparks, Adam Drivers et la beauté des couleurs aident. Pour tout le reste, c'est le naufrage. Cela faisait longtemps que je n'étais pas sorti du cinéma en me disant : c'était vraiment un mauvais film. Ce n'est pas tant l'assemblage, l'humour loupé ou même le jeu des acteurs qui m'a frappé, mais l'intention du film qui ne va pas.

L'histoire est simple : un comique rencontre une soprano, ils s'aiment very very much (une chanson de 6 minutes leur est consacré), ils ont une enfant, il est accusé de frapper ses précédentes partenaires, il tue sa femme, il tue l'amant de sa femme, il fait de son enfant un enfant-star, il va en prison et donne à son enfant des conseils sur la vie très utiles comme : ne contemple jamais l'abysse. La gamine à 8 ans et lui répond ok papa. Fin. Ah oui et sa femme le hante aussi, mais ça ne fait pas trop partie de l'histoire.

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femme avec un masque devant des voitures, issue du film holy motors

Je voudrais courir plus vite et tout enchaîner sans jamais toucher terre ou alors délicatement du bout du pied comme dans un jeu vidéo, qui ne serait rien d'autre qu'un pingpong avec moi-même, plus minimaliste encore que deux traits et une balle quelque chose comme une vidéo youtube en accéléré pour aller plus vite alors qu'à la base on ne pensait même pas la regarder, cette vidéo, la vitesse c'est relatif quand tout est en mouvement, à l'intérieur à l'extérieur dans un grand brouhaha ;

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image d'un faisan peint

Je cherche désespérément le poème de Sylvia Plath où elle parle d'un faisan. Je vois une nature morte fumante. La mort qui glisse entre les plumes colorées de l'animal. L'odeur de chair appétissante, autour un décor bourgeois et apaisant. Une nappe brodée. Des détails faits mains un peu partout.

Je cherche cette scène. Le poème n'est ni dans Ariel, ni dans le recueil acheté au hasard, quand le nom de Sylvia Plath sonnait à mon oreille comme celui de Virginia Woolf. Un prénom d'eau avec un nom de feu.

J'ai longtemps rêvé Sylvia Plath avant de la lire. Maintenant que je l'ai lu, je la cherche.

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Il est 20h20 quand mon cerveau décide de me quitter, c'est la seule chose pour laquelle il est doué : reconnaître les jolies dates, aligner les heures et décider d'un moment précis pour partir dans le décor, ou plutôt juste au dessus du décor dans les coulisses immobiles, les décors changent tout le temps les coulisses restent, on ne change pas on met juste des litres de peinture sur notre face qui s'écaille un peu, mais moi j'apprende à être mes écailles, rien de plus qu'une coquille vide qui dérive dans l'espace, je prends ma main elle est pleine de vide,

j'adore prendre les gens par la main me dit un ami, sa main est douce et sa douceur me gêne, car moi je suis comme C. et je tombe amoureux des gens quand je prends leur main, c'est un automatisme, comme un levier qui s'actionne en coulisse, mais il est tard et mon cerveau ne sait pas l'heure qu'il est alors pour cette fois j'abandonne mon ambition de n'être qu'un décor.

lit-bateau dessine

Le chat s'est installé dans la tente formé par les genoux et la couette. Il s'est glissé dans bruit puis a enfoncé ses griffes dans le matelas épais. Ses mouvements sont lents et me bercent. Le lit prend une allure d'arche flottante dans un océan, d'où il ne faudrait jamais partir.

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Je peux te dire où tu vas quand tu ères j'ai suivi les lignes de ta main je connais ton destin je lis les lettres de craie sur ton front qui s'effacent au rythme de tes larmes et brouillent ta vision

et tu penses que la plaque de marbre avec ton nom est un accomplissement une mort sans mort

et moi je ris parce qu'on est les mêmes personnes et que je te parle dans ma tête et que j'ere mais que je n'ai pas de mains et pas de lignes rien qu'une tête et un cœur, je tire la corde du pendu et je me dis : c'est peut-être un bon signe au tarot.

Les petits font des roues arrière et touchent le néant du bout des doigts, ça leur apprendra me dit une collègue, comme si on pouvait apprendre quoi que ce soit du néant,

il faut ne jamais avoir contemplé l'abîme pour penser que la mort fait grandir, la mort rapetisse, regarde tes fantômes, ils tiennent dans le creux de ta main, minuscules formes évanescentes qui te racontent qu'un jour peut être il y a longtemps, tu as été aimé,

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Ce n'est pas vraiment que je tombe plus qu'avant. C'est que je documente mes chutes, sur des tickets de caisse, sur des certificats administratifs, sur la semelle de ma chaussure, sur toutes les surfaces suffisamment lisses pour que j'écrive : ici j'ai tombé. Ici, le sang de mes genoux et la tête en fragmentation. Ici, les tornades dans le cœur et les pensées galopantes.

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