selmakovich

je ne travaille plus et écris le reste du temps

photo du tableau le bal des ardents et d'un photomaton indiquant kissing booth

en janvier je répète – je ne veux plus sortir de chez moi, je veux construire une chrysalide qui ne couverait aucun changement, pas de transformation je veux pas d’ailes ça me va d’être une chenille un peu weird un peu grasse dont on ne se demande si ce n’est pas sa forme finale après tout. je ne veux pas de changement mais c’est peut-être exactement dans ces moments que le changement s’opère

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je trie mes photos en pensant : qu'est-ce que je n'ai pas catalogué ? entre les visages et les captures d'écran, il manque toujours des choses impossibles à fixer

alors ce qu'il manque, je le liste – les matins doux après les nuits pleines de cauchemars – l'appel téléphonique “on a bien aimé ce que tu nous as envoyé” – les refus qui ne font plus mal, car on sait qu'ils ne nous arrêteront pas cette fois – les balades, toujours les mêmes – le mec du café qui me sourit en apportant un allongé, il ne m'a pas demandé ma commandé – la main qui s'accroche à la mienne quand je lui dis que les ombres étranges sont revenues au coin de mes yeux et son regard, qui sait qu'il ne s'agit pas d'une métaphore – réaliser qu'on va rester fou, pas comme une métaphore – enregistrer des gens, les découper comme un collage, les assembler et oublier – inventer des objets bizarres qui n'existeront peut-être jamais, en papier ou en son – lire des nouveaux livres, regarder les mêmes films et inversement

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Pendant ce temps, la pluie sur la Palestine un instant le labné sur la table un instant la fille qui me dit je t’aime en kabyle en riant et un instant les murs remontent je prends la main de mon amie la course dans les rues inconnues de Ramallah

j’ai peur d’être coincé en Palestine.

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image de mannequin verts et roses avec un texte d'Erving Goffman Stigmates les usages sociaux du handicap en filigrane

Ce poème est un texte composite, réalisé conjointement avec 8 autres personnes, participantes à l'atelier d'écriture organisé par Rim Battal et Haydee Touitou.


Dans la vitrine le mannequin en plastique a le regard fixe en filigrane mon reflet dérive mes dents crissent en latéral c'était autre chose que de sourire le matin la bouche pleine de dentifrice.

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image d'un bol (issue du film Chungkin Express) avec un orage

Bondir puis s'écraser. Je répète j'en peux plus de ce cycle. J'en peux plus de créer la pente de mes mains, de cranter péniblement une ascension pour mieux huiler ma descente. De toujours me dire c'est fini puis c'est jamais fini.

Alors on prend la même équipe et on recommence, on va au café on dit il fait chaud pas vrai, puis l'autre dit oui, puis l'autre nous demande si on travaille, puis on dit oui parce que c'est bizarre ce mot mais on l'aime bien, il nous rassure. C. écrit c'est chelou cette répétition du mot travail, pour la santé mentale cette obsession même, moi je pense on se raccroche aux choses qu'on connaît, on connaît pas la flânerie des abeilles, on connaît pas les migrations continuent, une errance non subie ça on connaît pas, alors on dit : je travaille sur des textes, je travaille sur moi, je travaille à être une meilleure personne, tu vois je m'arrête pas, toujours je travaille.

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Depuis janvier, un jour à la fois et le solstice est déjà passé. Les yeux embrumés de lacrymo, je me suis dit là c'est trop, je ne savais pas que ça commençait juste, je pensais c'est peut-être la fin, mais c'est jamais la fin, une crasse sous une crasse, comme une sédimentation qui brouille les yeux et crevé le coeur. Je me coince le dos, le mini-livre sort et ça parle de comète et de se tirer de la terre, parce que c'est la seule révolution qui me semble accessible.

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Quelqu'un que je ne connais pas n'a pas aimé mon livre. Quelqu'un a terminé les dix petites pages, puis a dit : bof en fait non plutôt pas, deux étoiles, pas terrible, le service était long et puis les phrases trop courtes.

Je dis souvent que je m'en fous que j'écris comme les mots viennent, que je travaille pour le rythme, pour le sens, jamais pour les gens, je ne les vois pas la journée ce n'est pas pour les voir la nuit, quand j'écris. Comme d'habitude je mens un peu, car si je ne les vois pas je les entends, toujours dans ma tête des voix claires des voix brusques, toujours avec quelque chose à dire, que je n'aime pas et contre qui je dois me débattre. C'est une présence négociable et pénible, ce flux de critiques, de discussion et d'énervements tout à fait invisible et pourtant présent.

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J'ai écrit un petit livre. Un objet carré qui tient dans une main. Dedans j'ai essayé d'y glisser un minuscule bout l'univers.

je mets les mains dans la cheminée rien ne brûle ni les briques ni les flammes toujours mes mains gèlent de ne rien faire tête, vie, cœur, les lignes se brouillent lady lazarus emporte au loin les secrets du futur

couverture - il faut tomber d'une comète pour connaître la solitude de Claire-Selma Aïtout

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Ce n'était pas un voyage lointain. Je n'ai exploré aucun horizon, contemplé aucun paysage en me disant : cela valait le coup de venir jusque là. J'ai voyagé dans cet endroit familier dont j'ai reconnu : la couleur des murs, l'irrégularité du sol, et puis ces mains, ces grandes mains qui ne se ressemblent pas. Mes mains sont petites et maladroites, elle cassent et brisent et griffent sans faire exprès, je les lisse avec du vernis comme une seconde peau, et elle tout est aussi uniforme que la première. Les grandes mains ne sont pas les miennes. Elle font les choses à ma place, et me glissent sous l'eau et me glissent sous les draps, et j'en rage de cette douceur que je voudrais mordre la main qui me borde.

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Il y a longtemps, cinquante ans, dans une petite maison bourgeoise, une enfant a récupéré un chat. Sa mère avait mis bas dans la cave, les petits se sont enfuis, sauf un. L'enfant l'a recueilli. L'enfant l'a nourrit. L'enfant lui a parlé comme elle n'a parlé à personne de sa famille. Car dans cette famille elle ne parle pas. Ou plutôt sa bouche s'ouvre et n'en sort aucun son. Mais le chat, lui, ne lève pas les yeux au ciel lorsqu'elle entre dans la pièce. Ne la pousse pas dans la cuisine, la faisant trébucher. Ne dit pas : quelle idiote celle là, dès qu'elle prend une respiration trop intense. Le chat, parfois, lui lèche le bout des doigts et grimpe sur ses genoux.

Alors, avec son argent de poche, elle achète des croquettes et du lait pour le petit chat. Et elle lui parle. Elle l'appelle “monchat”, car elle ne savait pas qu'il fallait lui donner un prénom. Elle ne sait pas que les ami.e.s ont des prénoms, des surnoms, des petits noms doux qu'on est les seuls à connaitre. Alors elle l'appelle “monchat” et finalement ça sonne déjà comme un prénom. C'est son chat. C'est son ami.

Elle part en colonie de vacances en juillet. Lorsqu'elle revient le chat n'est plus dans la cave. Il n'est plus dans le jardin. Il n'est plus dans la chambre. La mère dit : le père a amené le chat au marché. Il l'a jeté entre les étals. Il gênait. Et puis elle hausse les épaules.

Et quand l'enfant parle, il n'en sort pas des mots, mais quelque chose d'encore plus léger que l'air et cela leur passe au dessus de la tête. Elle voudrait hurler, mais elle n'a pas encore appris à le faire. La cave est vide, le sac de croquettes est plein. L'enfant ravale un à un tous ses mots.

Plus tard, l'enfant qui n'est plus un enfant, dira : j'ai du mal à m'attacher aux animaux.

Elle aurait voulu dire : j'aurais aimé avoir un ami.

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