selmakovich

je ne travaille plus et écris le reste du temps

Ce n'était pas un voyage lointain. Je n'ai exploré aucun horizon, contemplé aucun paysage en me disant : cela valait le coup de venir jusque là. J'ai voyagé dans cet endroit familier dont j'ai reconnu : la couleur des murs, l'irrégularité du sol, et puis ces mains, ces grandes mains qui ne se ressemblent pas. Mes mains sont petites et maladroites, elle cassent et brisent et griffent sans faire exprès, je les lisse avec du vernis comme une seconde peau, et elle tout est aussi uniforme que la première. Les grandes mains ne sont pas les miennes. Elle font les choses à ma place, et me glissent sous l'eau et me glissent sous les draps, et j'en rage de cette douceur que je voudrais mordre la main qui me borde.

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Il y a longtemps, cinquante ans, dans une petite maison bourgeoise, une enfant a récupéré un chat. Sa mère avait mis bas dans la cave, les petits se sont enfuis, sauf un. L'enfant l'a recueilli. L'enfant l'a nourrit. L'enfant lui a parlé comme elle n'a parlé à personne de sa famille. Car dans cette famille elle ne parle pas. Ou plutôt sa bouche s'ouvre et n'en sort aucun son. Mais le chat, lui, ne lève pas les yeux au ciel lorsqu'elle entre dans la pièce. Ne la pousse pas dans la cuisine, la faisant trébucher. Ne dit pas : quelle idiote celle là, dès qu'elle prend une respiration trop intense. Le chat, parfois, lui lèche le bout des doigts et grimpe sur ses genoux.

Alors, avec son argent de poche, elle achète des croquettes et du lait pour le petit chat. Et elle lui parle. Elle l'appelle “monchat”, car elle ne savait pas qu'il fallait lui donner un prénom. Elle ne sait pas que les ami.e.s ont des prénoms, des surnoms, des petits noms doux qu'on est les seuls à connaitre. Alors elle l'appelle “monchat” et finalement ça sonne déjà comme un prénom. C'est son chat. C'est son ami.

Elle part en colonie de vacances en juillet. Lorsqu'elle revient le chat n'est plus dans la cave. Il n'est plus dans le jardin. Il n'est plus dans la chambre. La mère dit : le père a amené le chat au marché. Il l'a jeté entre les étals. Il gênait. Et puis elle hausse les épaules.

Et quand l'enfant parle, il n'en sort pas des mots, mais quelque chose d'encore plus léger que l'air et cela leur passe au dessus de la tête. Elle voudrait hurler, mais elle n'a pas encore appris à le faire. La cave est vide, le sac de croquettes est plein. L'enfant ravale un à un tous ses mots.

Plus tard, l'enfant qui n'est plus un enfant, dira : j'ai du mal à m'attacher aux animaux.

Elle aurait voulu dire : j'aurais aimé avoir un ami.

Je veux absorber le film, je veux absorber la fumée, je veux absorber l'écran. Je veux être le théâtre de la Huchette qui joue la cantatrice chauve depuis 60 ans. Toujours le même texte dit de bouche en bouche, toujours identique, jamais le même. Et je me dis : je veux me perdre dans les images, celles qui bougent mais pourtant sont figées. Celles qui ne disent rien de plus que ce qu'on sait déjà, au fond de soi, mais qu'on n'a jamais énoncé.

Et alors, alors, je réalise que c'est aux morts que je parle et plus aux vivants. Cela demande beaucoup d'efforts, de revenir avec les vivants, leur parler les regarder se mouvoir, à chaque fois dans la mauvaise direction, celle contre le vent, celle contre le coeur, celle qui est difficile et pentue. Les décors se prolongent au-delà du plateau, au delà de l'horizon, et quand je ferme les yeux, l'univers continue d'exister, car si c'est une simulation, si c'est un film, on est trop nombreux à la rêver. Et je me demande si les morts continuent de rêver et s'ils servent à ça : rêver, car nous on n'a plus le temps, et on n'a pas notre place dans le monde des rêves.

Peut-être que parfois, je veux être dans le film comme je veux mourir, pour rêver.

Je ne voudrais pas compter les heures. Idéalement elles s'enchaîneraient dans un ordre aléatoire, dans des antitheses sympathiques. Dans un livre pour enfant, un hôtel où chaque chambre représente une heure. Une grande horloge commande ces fuseaux fixe, où dans la 117 il est toujours 9h14. Quelle heure choisissent les insomniaques ? Ceux qui de toutes façons ne fermeront pas l'œil, ou alors par fragments brusques, éclats de plénitude vite retirés. Quelle heure choisissent les romantiques ? Un coucher de soleil qui ne tombe jamais, une frustration éternelle d'une couleur inchangée. Quelle heure pour ma peine ? Celle qui s'étale le long des cartes et du temps, est-ce que je pourrai enfin l'absoudre parmi les aiguilles ?

#poetry #poesie #100daystooffload

Il est 20h, je suis au restaurant avec des ami.e.s. J'ai une pizza géante devant moi et un cocktail : si j'essaie d'arrêter l'alcool, aujourd'hui n'est pas le jour. C'est la sortie de mon podcast, celui sur lequel je bosse depuis plus d'un an. Avec des pauses, des mises à l'arrêt, mais un an quand même. Alors, j'ai pris un cocktail.

Je coupe ma première part de pizza, il y a de la mozza partout et pas assez de câpres, mais surtout il y a une pression qui s'installe dans ma poitrine. Un point précis pile dans le plexus. Ça ploque, ploque comme une fuite d'eau. Je me dis : c'est un arrêt cardiaque. Ne pas paniquer. Pas porter attention au péril. Juste respirer. Je me lève et je marche. Je me dis : si c'était vraiment une crise cardiaque, est-ce que j'aurais si mal au ventre ? J'ai mal partout alors ce n'est pas une crise cardiaque. C'est le cocktail alors. En face mon ami a pris le même, il va bien. Pourquoi moi j'ai l'impression de crever ?

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Hier, c'était la journée internationale de la santé mentale le jour où tout le monde a un petit avis sur la question de la santé mentale et veut briser le tabou

Très important ça briser le tabou. Mais de quel tabou parle-t-on ?

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C'est fou le nombre de vestes qu'on se prend au moindre geste entrepris. Un mouvement un refus, une demande un déçu. Ce n'est pourtant pas la lune, mais un pied, dans la porte entr'ouverte, pas cette fois, pas cette fois.

Ni l'avant-garde ni le génie ne nous cachent, on se sent tout à fait dans son temps, une mesure désaxée un 6-8 non maîtrisé mais quand même, le rythme !

Et pourtant non, pourtant pas encore, pourtant pas cette fois, sans explication aucune, vous savez le nombre ! le nombre, qui comme vous, maîtrise la cassure dans le verbe, la faute de frappe sans verve et la rime, oh usée jusqu'à la lime, laissez-là donc tranquille, la rime.

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Parfois je me dis : j'ai perdu un an. J'ai un trou dans le CV. J'ai des mémoires qui manquent. Pendant un an j'étais où ? A ceux que je ne connais pas pas j'ai dit : j'étais en voyage A ceux que je connais j'ai dit : j'étais en voyage et avant cela j'étais en dépression.

C'est marrant, ce territoire intérieur qui n'attendait qu'une chose : d'être redécouvert. Avec l'énergie d'un Christophe Colomb j'ai embarqué pour un continent déjà connu. J'ai cherché des noms pour des choses qui avait déjà été nommée. J'ai essayé d'anéantir ce qui était là depuis la nuit des temps. Puis la terre m'a avalé.

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dessin de cloches au feutre

Ce texte est écoutable en version podcast ici

L'été dernier, j'ai entendu des cloches. J'étais dans le village de mes parents, dans les Corbières. Je courrais sur un chemin. Et alors j'ai entendu un son, scintillant et si spécial. Des cloches. Elle ne marquaient pas l'heure, ou une fêtes particulières. Elles étaient juste là, au coin de mon oreille. Le vent battait la mesure dans les chênes verts. Mes pieds roulaient sur les pierres sèches. Entre deux bourrasques, leur chant me faisait tourner la tête.

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Le vendeur du kebab répète : Wahad minute habibi wahad minute Le groupe attend, cheveux sombre main dans les poches. A côté, des petits récupèrent un morceau de shit bien emballé sous la terrasse. Ils nous laissent la place un pour nous asseoir.

J'ai l'impression que la radio passe Fairuz et qu'on va tous se mettre à chanter ya habibi ai hal anta fi

A la place le vendeur dit de nouveau Wahad minute habibi wahad minute Une minute mon chéri une minute

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